Cordons littoraux : enjeux et solutions
Plus de 20% de la population mondiale vit actuellement à moins de 30 km des côtes, un taux qui dépasse les 50% dès que l’on s’éloigne un tout petit peu, à 100 km du rivage. Souvent densément peuplées, ces zones côtières constituent des interfaces terre-mer au fonctionnement complexe. Aussi indispensables à l’homme qu’à l’environnement, elles sont, à l’instar des glaciers, l’un des marqueurs les plus visibles du changement climatique. Comment les préserver, comment améliorer leur gestion entre pressions climatiques et anthropiques ?
Jeudi 27 mars 2025, la 16° Trimestrielle du SCO France a accueilli trois projets qui s’appuient sur diverses données spatiales pour accompagner les territoires si particuliers que sont les littoraux.
Pour toute question relative à cette trimestrielle, écrivez-nous ici.
Par Vincent Heurtaux (Geomatys) et Franco Fernandez Lopez (Cerema)
Les zones humides jouent un rôle tampon face aux inondations et aux marées exceptionnelles. L’expérimentation d’une dépoldérisation à la frontière belgo-néerlandaise, via une brèche laissant la mer reconquérir les lieux, offre une occasion unique à EO4Wetlands de suivre la sédimentation naturelle qui se réinstalle via un jumeau numérique. Pour identifier d’éventuels impacts du changement climatique, le projet s’appuie sur 40 ans d’observations satellitaires. |
|
À retenir
- Le projet utilise les données d’une quinzaine de satellites environ (de différentes longueurs d’ondes, résolution spatiale et temporelle), complétées par des données in situ (sonde connectée et marégraphe).
- Les indicateurs de suivi ont été déterminés à partir de la zone humide de Saeftinghe puis appliqués à la zone dépoldérisée.
- Combinant données géographiques, hydrologiques, océaniques et météorologiques, le jumeau numérique du polder permet de visualiser, y compris en 3D, l’évolution spatiale et temporelle de la végétation, la teneur en eau du sol et la limite du front d’eau.
- Les mesures in situ montrent une bonne corrélation avec les indicateurs générés à partir des données satellitaires.
- Dans le contexte de changement climatique, le projet a observé à partir des années 2000, grâce aux images MODIS, une augmentation des valeurs de NDVI (indice végétation) en hiver, corrélé avec la diminution de nombre de jours de gel sur la période 2000-2025.
💡 Actu : EO4Wetlands, un pas de plus vers le monitoring de la dépoldérisation guidé par l’observation satellitaire – 8 juillet 2024
Par Simon Déchamps (Laboratoire M2C de l’Université de Rouen)
Sous forte pression humaine et climatique, les zones intertidales et leur riche biodiversité constituent des zones tampons naturelles à sauvegarder à travers le monde. En réponse au besoin exprimé de données fiables et accessibles, EO4InterTopo expérimente son outil sur la zone intertidale normande, difficile à suivre (15 m d’écart entre les marées haute et basse autour du Mont Saint Michel). En combinant diverses images satellitaires, il automatise la cartographie topographique intertidale, ses composantes, son évolution (érosion/accrétion) et analyse les possibles impacts du changement climatique. |
|
À retenir
- Satellites utilisés :
- Sentinel-1 (radar) et 2 (optique), SWOT (altimétrie) : reconstitution de la topographie intertidale
- Sentinel-2 et Pléiades (optique THR) : classification du type de substrat
- ICeSat-2 (altimétrie laser) : validation des produits topographiques
- Deux méthodes (ligne d’eau et occurrence de l’eau) ont été combinées pour reconstruire la topographie intertidale de tout le littoral normand. L’étude menée avec SWOT montre que les mesures de hauteur d’eau remarquablement précises de ce satellite permettent de s’affranchir des deux précédentes.
- Les modèles numériques de terrain établis pour les années 2018 à 2024 et les bilans sédimentaires associés montrent une érosion sur les trois dernières années.
- Expérimentée avec succès sur deux sites, la classification supervisée des types de substrat (sable, roches…) va être appliquée à l’ensemble du littoral normand et renouvelée annuellement.
- Tous les résultats et indicateurs seront en accès libre via un outil de visualisation en ligne.
💡 Actu : EO4InterTopo automatise la cartographie topographique intertidale – 12 novembre 2024
Par Rémi Andreoli (BLUECHAM)
Le littoral polynésien accueille des habitations, une riche biodiversité et de nombreux usages, comme le trafic maritime, la pêche, le tourisme. En étroite collaboration avec la Direction des Ressources Marines du gouvernement polynésien, TAHATAI a prototypé en 2021, sur deux iles, un outil de planification spatiale du littoral, selon trois axes : qualité de l’eau, fréquentation et usage du lagon et du littoral, pression humaine littorale, le tout dans le contexte du changement climatique. Avec le volet Neo, il étend son approche et ses partenariats à l’ensemble de la Polynésie et au-delà. |
|
À retenir
- Compte-tenu de l’immensité de l’espace maritime, le projet mobilise un très grand nombre de satellites, majoritairement Sentinel et Pléiades, mais également des fournisseurs commerciaux via des API interopérables.
- Toutes les données sont capitalisées dans une plateforme en ligne, QVX-PF, où elles vont alimenter d’autres services permettant de consulter, générer, visualiser des indicateurs et cartographies. Un tableau de bord synthétise les informations essentielles.
- Exemples de services à la demande, y compris en temps réel : extraction du trait de côte, variations de l’eau en zone intertidale (méthode de l’occurrence de l’eau), occupation du sol, détection de bateaux, zonation d’usages pour caractériser les pressions anthropiques, paramètres de qualité de l’eau, élévation du niveau de la mer…
- Des tests de reproductibilité ont été menés avec succès en d’autres lieux aux problématiques différentes.
- Grâce à l’espace collaboratif de la plateforme, plus de 200 utilisateurs actifs expriment un taux de satisfaction de 99%.
💡Actu : TAHATAI Neo se profile – 30 avril 2024